Personne ne s’attend à ce qu’une chaîne sur Excel rassemble plus d’un million d’abonnés. C’est pourtant l’histoire de Jean-Baptiste Caverne, 28 ans, originaire du nord de la France, mieux connu sous le nom de TutoSurExcel. En presque cinq ans, il est passé d’une petite vidéo de vingt secondes filmée à l’improviste à un organisme de formation certifié Qualiopi, une équipe, et des milliers d’élèves formés. Sur un logiciel que la plupart des gens redoutent d’ouvrir.
L’un des tout premiers, sans doute le premier, à parler d’Excel en français sur TikTok, il a bâti la plus grande communauté francophone autour de la bureautique. Une niche que beaucoup jugeaient trop ennuyeuse pour marcher, et qui rassemble aujourd’hui plus d’un million et demi d’abonnés tous réseaux confondus. Voici son parcours en détail, la méthode TutoSurExcel, et les principes qui expliquent pourquoi ça a fonctionné là où d’autres se seraient arrêtés. Si tu débutes, commence par notre guide pour apprendre Excel en partant de zéro.
- Comment une vidéo Excel de 20 secondes est devenue une vraie entreprise
- Pourquoi la première formation a été un flop (et ce que ça a changé)
- Le format qui a tout débloqué : le webinaire en direct
- Le grand saut : quitter un CDI quand on a peur du vide
- Les 4 principes derrière la méthode TutoSurExcel
- Les coulisses du Campus Excel et la vraie mission derrière Excel
De monsieur Excel au bureau à la première vidéo TikTok
Avant les réseaux, Jean-Baptiste a toujours été le référent Excel de son entreprise. En stage, en alternance, puis en CDI, c’est lui qu’on venait voir dès qu’un fichier posait problème. Il aimait aider ses collègues, sans imaginer une seconde en faire un métier. La création de contenu ne l’avait même jamais effleuré.
Le déclic arrive en voyant une vidéo Excel en anglais tourner sur TikTok, avec des commentaires enthousiastes. L’idée est simple : si ça intéresse autant de monde aux États-Unis, pourquoi pas en français. À la sortie du confinement, il prend son téléphone, filme son écran, colle une musique par-dessus et publie une astuce d’une vingtaine de secondes. La vidéo fait entre 5 000 et 10 000 vues dans la soirée. Pour lui, c’est déjà énorme. Dix mille personnes qui regardent son astuce, ça suffit à lui donner envie de recommencer dès le lendemain.
Pendant longtemps, il ne se montre pas : filmer son écran suffit, et ça arrange plutôt un tempérament introverti. Le jour où il montre enfin son visage pour suivre une tendance, des gens qu’il connaît dans la vraie vie le reconnaissent et lui écrivent, surpris de découvrir qui se cachait derrière le compte. Un petit basculement, mais un vrai.
Poster tous les jours : la régularité qui a tout changé
Installé en Allemagne, sans emploi et avec beaucoup de temps libre, il se met à publier tous les jours pendant plus de six mois. Au début de TikTok en France, l’engouement est démesuré : certaines journées lui rapportent 20 000 à 30 000 abonnés. Une seule vidéo de 30 secondes peut dépasser le million de vues. En six mois, il atteint environ 400 000 abonnés. Au départ, sans aucune ambition de gagner de l’argent : juste le plaisir de partager, et une occupation.
Aujourd’hui, la communauté est répartie sur quatre réseaux : plus de 760 000 abonnés sur TikTok, 420 000 sur Instagram, 190 000 sur Facebook et 80 000 sur LinkedIn. Instagram, ouvert plus tard, est devenu son réseau préféré pour l’échange, avec une vraie communauté qui répond en messages privés et en stories. La leçon est là avant même le business : la régularité bat le talent. On ne devine pas la vidéo qui va exploser, alors on publie, encore et encore.
Le premier échec : une formation qui ne se vend pas
Très vite, dès quelques mois après ses débuts, il développe sa première formation. Trois à quatre mois de travail à temps plein, un produit dont il est fier, une vidéo pour l’annoncer à ses 500 000 abonnés. Il se dit que si seulement 1 % achète, il pourra en vivre. Résultat : six ou sept ventes. Un flop. La leçon est nette : on peut avoir le meilleur produit du monde, sans marketing ni communication, il ne se vend pas.
La plupart des gens s’arrêtent là. Lui continue de poster, pour une raison simple : créer la formation l’a rendu meilleur. C’est en cherchant les bonnes pratiques à droite à gauche et en expliquant les concepts aux autres qu’il est passé de bon à vraiment fort sur Excel. Il tenait quelque chose, même sans le savoir encore.
Le premier vrai déblocage commercial vient fin 2021, avec le financement CPF. Vendre un produit pour la première fois, avec ses propres arguments, sur un sujet qui n’était pas son métier de base, était un frein. Le CPF lève ce frein : les premiers chiffres d’affaires sérieux tombent, et avec eux l’idée qu’un jour, peut-être, il pourrait en vivre.
Le déclic : le webinaire en direct
Après avoir testé la page de vente classique, les emails, les stories, sans succès durable, Jean-Baptiste découvre les webinaires. L’idée lui vient de Miss Excel, la figure américaine de la formation Excel sur les réseaux. Il programme sa première session, quelques stories, quelques emails, et se retrouve avec 300 à 400 personnes en direct. En organique, sans un centime de publicité. Sur la semaine, il génère environ 10 000 euros, plus que toute l’année précédente. Il tient quelque chose de solide.
Le webinaire fonctionne parce qu’il rassemble tout ce qui manquait ailleurs. Sur les réseaux, il montre des astuces avec un effet waouh. En direct, il crée de la confiance : il répond aux questions, il pratique, la pédagogie se voit. En une heure, il part de données sales, les nettoie, fait une analyse et construit un tableau de bord Excel. À la fin, les participants repartent avec des bonus, qu’ils achètent ou non. C’est ça, le cœur de la méthode : rendre service d’abord, proposer d’aller plus loin ensuite.
Quitter son CDI : la peur, puis le grand saut
Le paradoxe, c’est qu’il aurait pu vivre de son activité un an et demi à deux ans plus tôt. Son chiffre d’affaires égalait déjà son salaire de CDI. Mais l’idée de lâcher la sécurité pour l’incertitude le retenait. Il a mis près de trois ans avant d’oser.
Le vrai basculement se joue sur un détail. En janvier 2024, pendant un webinaire, quelqu’un demande dans le chat s’il est possible de payer en cinq fois. Ce n’était pas prévu. Il crée le lien sur le moment, et ce simple paiement en cinq fois débloque un volume de ventes inhabituel. Un chiffre d’affaires bien au-dessus de d’habitude. Toujours prudent, il refait un webinaire dès février pour vérifier que ce n’était pas un coup de chance. Ça remarche. Il n’y a plus d’excuse : il quitte son CDI.
Dans la foulée, le rythme s’accélère. Il passe d’un webinaire par mois à un webinaire par semaine. Chaque semaine, il est en direct pour accueillir de nouvelles personnes, varier les sujets et faire découvrir la méthode à un public toujours plus large. Ce qui n’était qu’un complément de revenu devient une activité à temps plein, structurée autour d’un rendez-vous régulier avec sa communauté.
La méthode TutoSurExcel en 4 principes
Derrière les chiffres, quatre convictions reviennent en boucle dans son parcours. Ce sont elles, plus que la chance, qui expliquent la trajectoire.
1. Passer à l’action avant d’être prêt. Pas besoin d’être un expert absolu pour partager. Les premières bases suffisent pour commencer, et c’est justement en enseignant qu’on devient expert. Beaucoup n’osent pas se lancer parce qu’ils ne se trouvent pas assez légitimes. C’est une erreur : attendre la perfection, c’est ne jamais se lancer.
2. Parler aux débutants. La majorité des gens ne s’y connaissent pas. Une astuce simple aide plus de monde qu’une démonstration d’expert, et touche justement ceux qui en ont le plus besoin. L’enjeu n’est pas l’expertise seule, mais l’équilibre entre expertise et pédagogie : un intermédiaire qui trouve les bons mots vaut mieux qu’un expert incapable d’expliquer.
3. Bâtir une communauté, pas seulement une audience. La différence se joue en direct. Une vidéo se regarde en silence, le webinaire, lui, crée un lien. Jean-Baptiste répond aux questions en temps réel, il pratique, on voit sa pédagogie à l’œuvre. Les participants échangent, reviennent d’une session à l’autre, et rejoignent la formation le jour où ils se sentent vraiment prêts, parfois au cinquième ou sixième webinaire. On ne convertit pas une audience, on accompagne une communauté.
4. Faire plus de ce qui marche. Lors d’un mastermind à Londres, alors qu’il déborde d’idées de diversification, le conseil qu’il reçoit est unanime : il est trop tôt, concentre-toi sur ce qui fonctionne déjà. Il passe d’un webinaire par mois à un par semaine. La meilleure décision de l’année. Le piège de l’entrepreneur, c’est l’objet brillant : quand un gros compte attire des dizaines de sollicitations, dire non aux opportunités pour rester focalisé est souvent la meilleure réponse.
Dans les coulisses du Campus Excel
Sur le marché de la formation, il y a le meilleur et le pire : des gens qui achètent, puis se retrouvent lâchés en pleine nature, sans suivi. La conviction de Jean-Baptiste, c’est que l’objectif n’est pas de vendre, mais de former. Tout le soin mis à faire venir les gens au webinaire, il le remet à les faire réellement avancer dans la formation.
Cela commence par le choix d’une plateforme intuitive, avec quiz et exercices intégrés. Les vidéos sont volontairement courtes, 3 à 5 minutes en moyenne, chacune dédiée à un point précis, pour aller à l’essentiel sans endormir personne. Ce n’est pas un simple partage d’écran : on voit le formateur à la caméra, une description reprend les points clés, et le fichier Excel est téléchargeable pour refaire l’exercice à côté. Un monteur professionnel rend le tout dynamique.
Le suivi ne s’arrête pas à l’accès. Les membres reçoivent des emails de motivation, sont réinvités régulièrement aux webinaires pour relancer l’apprentissage, et disposent d’un espace communauté ainsi que d’une session mensuelle en direct pour poser leurs questions. Les modules sont progressifs : qu’on soit débutant, intermédiaire ou avancé, on entre au bon niveau.
Aujourd’hui : un organisme de formation certifié Qualiopi
En un an, Jean-Baptiste est passé d’influenceur seul à chef d’entreprise entouré d’une équipe de six à huit indépendants : réseaux sociaux, envoi des emails, formateurs pour l’accompagnement, direction artistique, montage vidéo, et support client. La première recrue date d’il y a tout juste un an.
Les chiffres donnent le vertige : environ 70 000 abonnés à la newsletter, un webinaire en direct chaque semaine avec 2 000 à 2 500 inscrits, et jusqu’à 1 600 personnes connectées en même temps quand toute la base est réinvitée. Sur la plateforme de formation, le Campus Excel, plus de 5 000 personnes se forment à leur rythme.
L’organisme est désormais certifié Qualiopi, ce qui rouvre les financements CPF, OPCO et France Travail, sans que Jean-Baptiste veuille en dépendre : la réglementation peut changer du jour au lendemain. Et une nouvelle porte s’ouvre, le B2B. Un appel avec Samsung, des interventions chez LinkedIn Learning, des offres hybrides où les salariés se forment en autonomie sur le Campus Excel puis retrouvent un formateur pour une demi-journée sur mesure. Le point commun de toutes ces demandes : elles viennent de gens qui l’ont d’abord découvert sur les réseaux.
La vraie mission : ne plus subir Excel
Former à Excel n’est pas une fin en soi. Le but, c’est que les gens se sentent mieux au travail. En entreprise, Jean-Baptiste a vu la frustration de ceux qui ouvrent un fichier en redoutant la recherche verticale ou le tableau croisé dynamique qui va leur prendre la matinée, les faire recommencer, leur prendre la tête. Sa passion, c’est de faire disparaître cette angoisse et de faire gagner du temps.
C’est pour ça que le catalogue s’élargit vers Word, PowerPoint et Power BI, et que l’offre se dote de formations plus individuelles, capables de répondre à un besoin précis sur un fichier précis. Et c’est pour ça, aussi, que Excel et l’intelligence artificielle tiennent une place croissante dans les contenus : moins de galère, plus de résultats.
Son conseil à ceux qui hésitent à se lancer
À ceux qui ont une idée dans un coin de la tête mais n’osent pas, son message est direct : lance-toi. Ça ne coûte rien de prendre son téléphone et de filmer. Si ça marche tout de suite, tant mieux. Si ça ne marche pas, persévère, parce que même dans l’échec on apprend sur soi et on progresse. Plus on retarde, plus on risque de regretter.
Il aime l’image du chercheur d’or qui abandonne son coup de pioche alors que les diamants étaient juste derrière. C’est exactement ce qui se serait passé s’il avait arrêté après le flop de sa première formation. Et une vérité qu’il assume : si tu n’as pas un peu honte de ta première vidéo, c’est mauvais signe, soit tu ne t’es pas amélioré, soit tu t’es lancé bien trop tard. On ne commence jamais parfait. On teste, on écoute les retours, on ajuste, on recommence.